Le Code de la route n’interdit pas explicitement aux conducteurs de deux-roues de retirer une main du guidon pour saluer. Pourtant, certains assureurs considèrent ce geste comme une prise de risque inutile pouvant réduire l’indemnisation en cas d’accident.En 1946, un photographe britannique capture un salut de la main entre deux pilotes dans le paddock du Tourist Trophy, sans que le geste ne soit encore codifié. Dans les années 1970, des clubs de motards français commencent à adopter systématiquement le signe distinctif, alors absent des manuels de conduite.
Le V des motards : un signe devenu culte sur la route
Avec le temps, le V des motards s’est ancré dans le paysage routier français et européen, jusqu’à devenir un repère familier. Ce n’est pas qu’un simple salut motard : il résume tout l’esprit motard. Un code, muet mais limpide, qui se transmet entre passionnés, d’un croisement à l’autre, sans jamais perdre de sa force.
À la sortie d’un village, sur une nationale, même quand la pluie s’invite, la main gauche lâche parfois le guidon pour tracer ce V. Deux doigts tendus, paume visible. La scène se répète, jour après jour. Le monde moto s’y reconnaît : que la moto soit une sportive, un custom ou un trail, le signe traverse toutes les frontières générationnelles et stylistiques.
Rouler à moto façonne un sentiment d’unité. Ce geste, c’est la marque du groupe motards. Il concerne tout autant les membres de clubs que les solitaires, les expérimentés que les nouveaux venus. Il reflète la joie de rouler, la fierté de faire partie de cette communauté, la reconnaissance d’une façon de vivre. L’habitude, bien installée en France comme ailleurs en Europe, ne se laisse pas troubler par les modes ni les évolutions du deux-roues.
Voici pourquoi ce simple geste compte autant pour ceux qui l’échangent :
- Reconnaissance mutuelle : le V marque souvent un échange de regards, parfois discret, parfois plus appuyé, qui crée une forme de complicité immédiate.
- Solidarité : il rappelle que la route peut séduire, mais que personne n’est à l’abri, et qu’un motard pense toujours à l’autre.
Comment ce geste est-il né ? Plongée dans ses origines et ses premières apparitions
Le V des motards intrigue par son histoire. Il ne s’est pas imposé d’un claquement de doigts. Plusieurs influences s’entremêlent lorsqu’on remonte le parcours de l’histoire moto et de l’origine du symbole. Certains amateurs s’accordent à citer le pilote britannique Barry Sheene, figure emblématique des années 70, qui aurait largement contribué à la diffusion du geste sur les pistes. D’autres préfèrent remonter plus loin, jusqu’à l’univers Harley-Davidson et à la fraternité des motards américains, bien avant la Seconde Guerre mondiale.
La presse spécialisée retient souvent les années 70 comme période charnière. Ces années voient exploser le nombre de clubs et la pratique se démocratiser. Sur la route, croiser un autre ami motard devient courant. Les membres de moto club se reconnaissent par un signe, qui s’impose de lui-même : deux doigts formant un V, clin d’œil aux valeurs de camaraderie et d’entraide.
Ce geste a du poids. Il naît à un moment où la pratique moto s’organise, où l’entraide prime sur la rivalité. Entre deux virages, le V s’échange, discret, efficace, presque codé. La bande dessinée Joe Bar Team en fait une référence dans les années 90, ancrant définitivement le salut dans la culture populaire des motards. Depuis, la tradition se transmet, que ce soit en moto-école, lors des premières balades, ou au détour d’une route.
Entre mythe et réalité : les différentes théories sur l’invention du V
Le signe V n’a rien perdu de son mystère. Son origine se tisse entre anecdotes de paddock et histoires de route, et chacun y va de sa version.
Voici quelques pistes fréquemment avancées pour expliquer la naissance de ce geste :
- Pour certains, le V des motards serait un héritage de la Seconde Guerre mondiale. Winston Churchill en a fait un emblème de la victoire, puis le signe paix a traversé les décennies pour s’inviter dans l’univers motard, passant par les mouvements peace and love des années 60 et 70.
- D’autres attribuent sa diffusion aux forces de l’ordre à moto, qui utilisaient le V pour se saluer lors de leurs patrouilles. Les motards civils auraient repris ce code, affichant ainsi leur appartenance à la grande famille du deux-roues.
- Certains textes spécialisés évoquent Victor Lavaleye, résistant belge, qui aurait lancé le V comme signe de ralliement contre l’occupant, accentuant ainsi la dimension fédératrice du salut.
Une autre théorie, plus anecdotique mais parfois citée, évoque les chevaliers médiévaux ou la guerre de Cent Ans. Les archers anglais auraient montré deux doigts en signe de défi à l’ennemi. L’idée que ce geste ait traversé les siècles jusqu’au monde moto relève sans doute davantage du mythe, mais il illustre la fascination que suscite ce salut.
Le signe V historique flotte donc entre hommage, tradition et désir d’appartenance. Chaque motard, sur la route, en fait sa propre lecture, entre la mémoire partagée et l’envie de manifester un état d’esprit.
Pourquoi le V reste un symbole fort pour la communauté motarde aujourd’hui
Sur la route, le V des motards ne s’arrête pas à une anecdote ou à un usage. Il s’agit d’un symbole universel qui traverse les générations et les marques de motos. Simple, direct, ce geste exprime la solidarité qui unit la communauté. Dans les lacets d’un col ou les embouteillages d’une grande ville, il s’échange entre parfaits inconnus, sans distinction de cylindrée ou d’origine.
Ce salut, discret mais lourd de sens, traduit le respect partagé par tous ceux qui roulent. Du débutant au motard chevronné, tous connaissent l’exaltation, les risques, et la passion de la route. Le salut motard s’est imposé comme une marque de reconnaissance mutuelle, tissant une forme de lien à contre-courant de l’individualisme ambiant.
Voici ce qui donne toute sa portée à ce geste simple :
- Camaraderie : le V, c’est un clin d’œil à l’inconnu qui, lui aussi, affronte la pluie ou la chaleur, et partage la même énergie.
- Appartenance : lever deux doigts, c’est rappeler son attachement à un collectif, à une manière d’aborder la vie.
- Paix : le geste évoque la volonté de partager la route en bonne intelligence, loin des clichés du motard solitaire ou rebelle.
La force du symbole tient surtout à sa simplicité. Aucun besoin de mots ou de grands discours. Un V, et tout est dit. Il rappelle à chacun, du plus discret au plus extraverti, qu’il a sa place dans cet univers où la pratique moto s’accompagne toujours d’un respect mutuel. Sur la route, parfois, il suffit de deux doigts levés pour tout résumer.


